Se souvenir


Posté le août 25th, par Myriam dans Fou défi pour les appreneurs crinqués, Myriam. Aucun commentaire

Le Fou défi pour appreneurs crinqués en résumé? Une discipline et un besoin de défi teintés de partage par les pairs afin de réaliser un rêve persistant. C’est ce que nos deux appreneures crinquées réalisent actuellement. À suivre juste ici.

Bonjour à tous!

Laissez-moi d’abord vous dire que je suis touchée. Je suis touchée par toutes les personnes qui m’encouragent dans ce projet, qui s’y reconnaissent, qui prennent le temps d’y réagir. Si je doutais au départ de l’intérêt de ce récit (pour les autres) je vois qu’il y a un réel intérêt et ça me motive à continuer. Merci!

Cette semaine, entre la fin de session d’été, les préparatifs pour le retour au travail la semaine prochaine et les nombreux échanges à saveur électorale, j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs personnes qui ont contribué à faire avancer mon Fou Défi.

J’ai d’abord rencontré Marie-Christine Laferrière-Simard sur Comment organiser une journée de manière efficace. Elle m’a fait remarquer, au cours de la rencontre, que je n’ai pas vraiment de problème d’organisation, j’ai plutôt un problème de discipline. C’est ce que je constate également au quotidien. Je sais m’organiser, je sais comment faire rentrer les choses dans mon horaire mais je ne me donne pas la discipline nécessaire pour travailler à un rythme équilibré. J’avance souvent par à-coups. Il me faudra travailler encore sur ce mauvais pli au cours de ce Fou Défi, car ma routine d’écriture n’est pas complètement installée. Nous avons également discuté d’intimidation (Marie-Christine est psychologue) et cela m’a fait réaliser que les impacts de l’intimidation sont importants sur l’individu et que beaucoup n’ont pas la chance de s’en sortir complètement. Même si le passé est derrière, beaucoup d’ex-intimidés portent en eux le poids de ces années et continuent à en souffrir au quotidien. Je me considère chanceuse que mon expérience d’intimidée, bien qu’elle m’ait laissée de nombreuses marques psychologiques, ne m’ait pas meurtrie au point de ne pas pouvoir aller de l’avant dans mes projets et dans mon emploi (je travaille dans les écoles). Je souhaite que mon récit puisse en aider d’autres à passer au travers de cette expérience et à se tourner vers l’avenir.

J’ai aussi eu la chance de discuter avec 3 personnes qui m’ont connue au cours de mes années noires. D’abord, une collègue de classe que je n’avais pas vue depuis 19 ans et qui m’avait côtoyée avant que l’intimidation ne commence. Cela m’a touchée de voir qu’elle se souvenait de moi! Puis, j’ai eu envie d’éclaircir certaines parties de ma sixième année avec une amie qui était dans la même classe que moi à cette époque. J’étais consciente que je ne me rappelais certainement pas de tout et je voulais voir ce qu’elle gardait comme souvenir de certaines situations qui me sont arrivées. J’ai réalisé que j’avais mal interprété certains comportements à mon égard et que, si on y pense bien, nous étions plusieurs à vivre des problématiques et à manquer de confiance en nous. À 11 ans, cette donnée m’avait échappée. Puis, j’ai discuté de ces années difficiles avec ma mère. J’ai pris conscience que bien que ma mémoire était assez bonne pour beaucoup d’évènements s’étant passés il y a plus de 13 ans, plusieurs subtilités m’avaient échappées et que j’en avais aussi oublié des parties plus importantes. J’ai réalisé que bien que je pouvais remonter la chaîne de ma vie, de ces années jusqu’à aujourd’hui, je n’avais pas gardé tous les maillons en mémoire. Et je me suis sentie choyée que d’autres s’en soient rappelés pour moi et aient pu m’aider à relativiser certains épisodes de mes années noires.

J’ai aussi commencé à douter. Est-ce que les choses auraient pu se passer autrement? Aurais-je manqué des occasions? Aurais-je pu empêcher les choses de se produire? Ai-je contribué à ma perte?

Je crois qu’il ne faut pas embarquer dans cette spirale tendancieuse, ni dans l’intimidation, ni dans aucune situation où à force de temps, à force de choses, on nous a rejeté. Je n’ai pas appelé les insultes, je n’ai pas demandé à devenir la souffre-douleur de service aux récréations, je n’ai pas demandé à ce qu’à chaque cours d’éduc au secondaire on défonce la porte de ma cabine de vestiaire à grands coups de pied. Je n’ai pas choisi cela. Bien sûr à certains moments, en sixième année, à mon arrivée au secondaire et dans certains cours par la suite, j’aurais certainement pu prendre le taureau par les cordes et arriver à renverser la situation. Avec du recul, cela aurait probablement été possible. Mais en faisant ce raisonnement, j’oublie la 3ème année, puis la 4ème année, et surtout je minimise l’impact de ma 5ème année qui m’a considérablement détruite. Où chaque jour je redoutais ce qu’Ils allaient encore inventer pour me ridiculiser. Où je n’arrivais plus à imaginer autre chose que cette dynamique de persécution.

Malgré nous, je crois qu’à partir d’un certain moment, à force de temps, à force de choses, on s’identifie. On devient la fille toute seule dans la cour d’école, à la cafétéria, dans le rang de la classe. La fille qui préfère les livres. La fille dont le monde intérieur l’occupe à temps plein. La fille qui de toute façon vaut mieux que tout cela, les amours gênés, les petites chicaneries entre filles, les compétitions de ballon-poire et de corde à danser. Je crois qu’à partir d’un certain moment, à force de temps, à forces de choses, la petite fille endosse l’habit qu’on lui fait porter. Habit de guerre perpétuelle : on ne sait jamais par où l’ennemi va frapper. Habit de camouflage de tout ce qui pourrait la blesser. Habit plus grand que soi, qu’on enfile sur le bout des pieds, pour donner l’impression qu’on est au-dessus de tout cela, que rien ne nous dérange.

À force de temps, à force de choses, on se défend comme on peut. Je n’avais pas choisi mais je finis par choisir. J’accepte ma destinée comme si je l’avais préparée depuis longtemps. Je choisis d’être l’éternelle incomprise, l’éternelle laissée pour compte. Essayer d’être quelqu’un d’autre n’aura de toute façon fait qu’empirer les choses, la plupart du temps. Je me fais croire que les génies ont tous passé par là, et que ma destinée n’en sera que plus grande. Et puis quand je mourrai, on se souviendra certainement de tout cela. Après ma mort je serai sûrement reconnue, sûrement aimée. Alors en attendant, j’attends.

Et puis me voilà aujourd’hui, à 27 ans, avec des projets plein la tête et tout plein d’amis bienveillants autour de moi. Je n’aurai pas eu à attendre ma mort avant de fleurir, et je remercie tous ceux qui ont contribué à cela. Vous êtes beaucoup plus que vous ne le croyez.

Dès lundi, je vous présenterai mon nouveau planning de travail qui devra concilier études, emploi et périodes d’écriture. Et puis vendredi je vous livrerai un deuxième extrait de mon récit. Parce que je vous aime!

Bon week-end et profitez-en pour aller voter par anticipation!

Myriam St-Denis Lisée      

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