Portrait: descendre dans la rue avec Valérie


Posté le mai 30th, par Mélanie dans Portraits. Aucun commentaire

Travailler auprès des jeunes (et moins jeunes!) dans la rue: demandant, mais nécessaire. Lorsque notre carrière exige un certain recul, une force de caractère énorme et une compassion débordante, on doit également savoir ériger ses barrières. La question à se poser: comment ne pas rapporter les problèmes que l’on entend tous les jours à la maison? Pour Valérie Jubainville, c’est un travail quotidien. Elle nous donne ses trucs.

« Une passionnée de rencontres humaines, de nouvelles connaissances et de défis! Je bouge beaucoup, je suis curieuse et aime vivre au moment présent. » Offres : Comment trouver ses limites lorsque l’on travaille en relation d’aide (intervenant social ou autre).

Cinq mots qui décrivent ce que tu as fait dans ta vie jusqu’à maintenant.

Contemplatrice trop émotive de couchers et de levers du soleil.
Globe-Trotter qui a le don de se mettre dans des situations dangereuses.
Oreilles attentives sur pattes.
Épicurienne de sourires et de bons moments.
La fille qui parle vraiment aux feuilles et aux arbres.

Quel genre de travail social fais-tu?

Je suis une travailleuse de rue, c’est-à-dire une intervenante ‘mobile’. Mon ‘’bureau’’, c’est la rue, les ruelles, les parcs, métros, autobus, cafés; bref les endroits où les gens se tiennent! Je rejoins les jeunes de 12 à 30 ans dans LEUR milieu. Je me fais accepter par eux, je crée un lien de confiance non jugeant, je prends le temps de jaser, de me promener, bref d’apprendre à les connaître vraiment, à leur rythme. Je suis là pour les écouter, les renseigner, faire de la prévention (sexualité, drogues, santé mentale et physique, problèmes familiaux ou relationnels, etc.), dons de matériels (condoms, seringues, pipes à crack, etc.), de références, des conseils et surtout du temps. Je suis là aussi pour les accompagner dans leurs démarches (test de grossesse, dépistage ITSS, comparution à la cours, centre de crise, désintoxication, etc.). La beauté de ce type de travail social est que c’est les jeunes qui viennent vers toi quand ça leur tente, et non parce qu’ils sont obligés de venir te voir dans un bureau. Le lien est plus long à créer, mais est plus significatif et profond. C’est une job hyper motivante et il n’y a jamais une journée comme les autres.

Qu’est-ce qui t’a amené à t’intéresser au travail social? Quelle est l’histoire de vie qui t’a guidée vers ce travail?

Honnêtement, le travail social s’est mit à couler dans mes veines jeune, dès le secondaire. J’ai toujours été la fille qui s’en faisait pour les autres, qui conseillait les gens sur leurs problèmes, qui était là comme médiatrice, qui était impliquée partout. Les divers problèmes sociaux et personnels que mes comparses humains peuvent vivre m’ont toujours atteints profondément et c’est une envie de justice dans ce monde qui m’a poussé à devenir intervenante sociale. Je ne pouvais pas concevoir faire un travail qui n’avait pas d’impact à changer, ne serait-ce qu’un peu, le monde, le rendre meilleur. Je suis une grande émotive, les bras toujours ouverts et je trouve que rien n’est plus beau qu’une personne ou société qui se lève et refuse de se laisser abattre. J’aime voir des gens reprendre confiance et eux et prendre pouvoir sur leur vie.

Comment s’est fait ton apprentissage?

J’ai fait des études (Technique en travail social et BAC en Animation et Recherche Culturelles), mais je crois profondément que le travail social s’apprend en étant en relation avec des humains, avec son prochain, tout simplement. Il n’y a aucune théorie qui vient t’expliquer comment agir quand une personne pleure devant toi en te racontant les horreurs que la vie lui a fait subir. Mon apprentissage s’est fait en prenant le temps de m’asseoir avec les jeunes de la rue, dans la rue, et de passer des journées avec eux pour me mettre dans leur peau. Mon apprentissage s’est fait en posant des questions, constamment, au lieu de prendre pour acquis que je connaissais tout. J’ai appris en tentant de me déconstruire de mes idées préconçues, en me fracassant à mes limites, en les repoussant, pour comprendre les limites des autres.

En travail social, on nous apprend à ne pas parler de notre vie personnelle. Pourtant, mon plus grand apprentissage: lorsqu’on demande à quelqu’un de nous ouvrir son cœur sur sa vie et ses méandres, il faut être prêt, soi-même, à le faire un peu. De s’ouvrir un tant soit peu à l’autre est une grande marque de respect et d’humilité.

Quand deviens-tu travailleuse social?

En fait, on n’arrête jamais de l’être vraiment, car même quand tu n’es pas sur tes heures de travail, tu restes un humain sensible, qui écoute les gens et qui est constamment à la recherche d’une justice (enfin, je suis de ceux-là). Être intervenant n’est pas une job devant un ordinateur, où tu te mets à off une fois la journée terminée. Tu peux te mettre à off des situations vécues, mais les valeurs profondes qui te font faire ce travail, c’est à la base ton mode de vie. J’ai la justice sociale dans les trippes, j’ai toujours le nez fourré partout à me renseigner, à lire, à militer, à manifester mon désaccord ou mon accord. Je crois juste que ce travail est une passion, une dévotion, et qu’il est donc difficile de se départir des grandes valeurs qui sous-tendent ce travail: empathie, respect, ouverture, écoute, compréhension, non-jugement, etc. Je voulais que ma vie soit orientée à faire bouger des choses, mêmes petites. Je le fais donc dans ma vie de tous les jours et aussi avec mon travail. C’est le meilleur choix que j’ai fait!

Quelles sont les contraintes de ce travail, au niveau psychologique?

La grande difficulté avec toute travail dans le domaine social est de se faire une ‘barrière psychologique’ pour pas ramener ça chez soi. Des fois, des gens qui te racontent des choses tellement atroces, hardcore, que c’est vraiment difficile de revenir chez soi en disant « Salut chéri, comment a été ta journée? Moi, géniale! ». Il est facile de se laisser TROP atteindre par toutes les situations de vie horribles que les gens vivent et c’est là qu’on devient un mauvais intervenant.

Une autre contrainte est aussi le rythme. Souvent, on veut plus que les personnes et on aimerait tant pouvoir faire les démarches pour elles, on se dit que ça irait tellement mieux. Mais on se bute souvent à des échecs, de la lenteur. Et on se dit « Caline, j’ai mis tellement d’énergie avec cette personne! » Il ne faut pas s’attarder aux résultats, il faut y aller au jour le jour. Le changement personnel et social est lent et ce sont les petites victoires quotidiennes qui sont les meilleures.

Il y a également la contrainte du danger physique. Me retrouvant dans le milieu de vie des gens, je peux m’exposer à des dangers. Je peux me retrouver au mauvais endroit au mauvais moment, je peux ne pas être la bienvenue dans un bar quelconque ou un parc et me faire menacer. Je peux me retrouver dans une bataille, je peux me faire arrêter et même ficher par la police (je le suis déjà…), car je travaille avec les travailleuses du sexe et les drogués. Je peux me faire suivre après le travail par quelqu’un qui a une dent contre moi, etc. C’est un travail où il faut garder l’œil ouvert.

As-tu des sites, projets, autres à conseiller à ce sujet?

Le travail social est un domaine tellement vaste qu’il est quasi impossible de relater toutes les ressources à ce sujet. Je vais donc y aller plus dans mon domaine, c’est-à-dire l’intervention de rue et de proximité, en plus de l’animation sociale.

Médecin du Monde offre du support psychologique personnalisé pour les intervenants de proximité, de milieu et de rue. C’est vital et ça nous permet de ventiler à l’extérieur de notre cadre de travail.

Il y a L’Association des travailleurs et travailleurs de rue du Québec qui explique bien ce qu’est le travail de rue, notamment grâce à notre Code d’éthique. Nous avons également du support psychologique entre pairs au sein de cette associations.

Le domaine communautaire est florissant de différents emplois et opportunités en travail social et il est intéressant d’y naviguer pour en découvrir la diversité d’organismes. Un répertoire des organismes communautaires de Montréal a aussi été fait et mérite le coup d’œil.

Comment perçois-tu la première rencontre et donc la transmission de tes connaissances en la matière?

Je crois que c’est tout simplement en jasant. Notre premier outil en intervention est nous-même, donc chaque personne étant différente, il est important de prendre connaissance de la personne devant soi avant de lui dire ce qui marche pour toi. Mes trucs pourraient ne pas être de bons trucs pour d’autres. C’est donc tout simplement dans l’échange et la découverte autour d’un bon café/thé/bière/jus/lait/eau/etc (tant que ça se qui se boit!). Le travail social est tellement vaste que je ne peux prétendre savoir LA bonne façon de faire!

Nous terminerons le billet par ce que tu souhaites apprendre. En deux lignes, peux-tu nous expliquer la raison ?

Comment développer ma créativité musicale. Chaque fois que vient l’occasion de jammer avec d’autres, je bloque complètement. Je suis INCAPABLE de faire de la musique et de me laisser aller. C’est frustrant!

Martin Rodriguez, la muse de notre Titine, est musicien et producteur. Il saura certainement te donner des trucs pour enrayer ce blocage.

Et parlant de créativité, plusieurs Offres d’instruments et techniques hors du commun ont attiré notre attention. Peut-être est-ce aussi une voie à explorer? Olivier Colot propose le fluteboxing, une innovation de la technique de jeu de la flûte et Lisa Gravel la scie musicale. Dans les deux cas, nous aimerions bien entendre quelques extraits.

Vous connaissez des techniques pour laisser libre cours à votre créativité musicale? Partagez-les avec nous!





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