Une vie sans diplôme…


Posté le May 31st, par Paul M. dans Hacker l'éducation. Aucun commentaire

… c’est un peu comme passer une frontière sans autorisation peut-on se dire, il y a un grand risque de se faire expulser. Preuve en est la récente démission du PDG de Yahoo !, Scott Thompson, coupable d’avoir ajouté à son CV un beau diplôme d’informatique qu’il n’a jamais obtenu. Derrière ce fait exceptionnel réside l’idée que le diplôme est devenu un repère essentiel pour pouvoir intégrer le marché du travail. Mais qu’en est-il réellement ?

Il est utile ici de rappeler que certains des plus brillants esprits ont évité la case diplôme : Gates, Zuckerberg, Jobs, aucun de ces trois génies n’est allé au bout de ses études. Certaines idées ne peuvent pas attendre faut-il croire, et nous n’allons pas leur en vouloir. Mais

Génies sans diplôme

si rares sont les personnes pouvant se targuer d’une idée révolutionnaire à construire dans un garage, la fronde anti-diplôme semble se renforcer aujourd’hui. Et sur le banc des accusés se retrouve un personnage bien connu à l’heure actuelle au Québec : la dette.

Aux Etats-Unis, où les frais de scolarité atteignent des sommets, la voie des études représente autant une chance qu’un fardeau financier. Rappelons que le président Obama et sa femme ont fini de rembourser leurs emprunts étudiants il y a seulement huit ans ! En Europe, où les études sont généralement bien moins chères, c’est une autre problématique qui apparaît : si les enfants sont largement plus diplômés que leurs parents, le fort taux de chômage des jeunes illustre la difficulté croissante d’insertion sur le marché du travail.

… C’est possible!

Alors, une vie sans diplôme… « C’est possible ! » vous dira Peter Thiel, fondateur du site de paiement Paypal et à la tête d’une fondation qui finance des bourses anti-diplôme, la Thiel Fellowship. Le programme « 20 Under 20 » accorde ainsi une vingtaine de bourses d’une valeur de 100 000$ à des jeunes qui s’engagent à ne pas aller à l’université dans les deux années qui viennent. En contrepartie, ceux-ci recevront des conseils de professionnels pour réaliser leur projet présenté au jury de la bourse.

Si le projet de P. Thiel est critiquable sur bien des points (exclusivement domaine des nouvelles technologies, programme élitiste, et autres), il a pour objet de provoquer un débat sur l’intérêt des diplômes. Et le premier argument est économique : l’ampleur de la bulle de la dette étudiante dépasse aujourd’hui la barre des mille milliards de dollars. Ce boulet au crochet de la nouvelle génération pourrait, aux premiers défauts de paiement, entraîner une nouvelle récession de l’économie américaine en général.

Mais de façon plus pernicieuse, le financement du diplôme installe une relation d’étudiant-client bien décrite par Richard Arum, sociologue à la New York University : « Quand les universités demandent aux étudiants de payer des montants pareils, elles se mettent à traiter les étudiants en clients. Plutôt qu’investir dans des enseignements rigoureux, elles offrent de beaux locaux, des équipements sportifs… Et notent large pour que le consommateur soit content. Si vous regardez le nombre d’heures passées à étudier, les Etats-Unis sont tout en bas de l’échelle devant les Slovaques. On a les meilleurs doctorats mais le reste du système vit de cette réputation. On va dans le mur. (Le Monde, 28.05)”

“It will cost you $200,000 to put me through university and grad school. If you invest that money instead, I can retire at age 18!”—Cartoon by Randy Glasbergen

Une autre critique à l’encontre du système par diplôme peut être formulée à travers l’effet d’institutionnalisation de l’école. Celle-ci reste en effet construite sur l’héritage des disciplines déterminées au 19ème siècle (on a un diplôme en biologie ou en littérature, mais pas en littérature de la biologie), on y apprend ce qu’on sait déjà et l’on a tendance à s’orienter dans les voies dites sûres plutôt que de prendre des risques. Or cette rigidité du système, probablement plus prégnante dans les universités européennes, pousse l’étudiant à avoir toujours plus de diplômes et entre en conflit avec une vie professionnelle où la rapide adaptation devient nécessaire.

 Mais pas encore recommandable

On ne peut nier que l’école reste un lieu de savoirs par excellence qui recense un panel de moyens encore largement nécessaires pour assouvir tant les envies et vocations de chacun que les besoins d’une société et d’une économie en constante évolution : cours structurés, un réseau social, etc. A titre d’exemple, on ne peut parler de la Sillicon Valley sans traiter de Stanford. Mais il devient vital de s’interroger sur la valeur réelle d’une approche scolaire traditionnelle et identifier les risques à terme pour l’apprentissage des futures générations.

Cette réflexion se retrouve en tout cas totalement en adéquation avec la période actuelle au Québec. Si pour certains la question de la hausse des frais ne répond qu’à une logique mathématique, nous avons pu souvent trouver là l’occasion de réfléchir au système éducatif dans son entier. Une question à garder sous le coude alors que s’annonce un possible grand débat au sujet de l’université.

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Mais si de nombreux étudiants luttent pour une éducation accessible pour tous et font le choix de ne pas aller  en cours, est-ce pour autant qu’ils n’ont rien appris au cours des 3 derniers mois ? Enquête à suivre sur les lieux de savoirs en temps d’école buissonnière.





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