Les médias sociaux et éducation: l’apprentissage par les pairs à son meilleur


Posté le juin 13th, par Christine dans Hacker l'éducation. Aucun commentaire

J’étais une enseignante. En fait, je suis encore une pédagogue, une éducatrice, mais seulement, ça fait 7 ans que je fais l’école buissonnière.

Dans le cadre d’un contrat de stratégie et d’animation de communauté pour le Centre des enseignants du Musée virtuel du Canada, je me suis peu à peu replongée dans le milieu scolaire. J’ai tendu l’oreille, j’ai discuté, j’ai lu, j’ai compris. Compris que nous sommes des centaines de passionnés de l’éducation, que plusieurs d’entre eux ont fait comme moi et choisi d’éduquer autrement, mais aussi que plusieurs autres s’accrochent et s’entêtent. À rester, à aimer, à innover, à parfois se battre et parfois laisser aller, dans des écoles qui les stimulent et les exaspèrent. J’ai senti la passion, mais aussi l’isolement et la frustration de ceux qui questionnent les structures et les valeurs qui les sous-tendent.

Comme plusieurs penseurs de l’éducation contemporains, j’ai la ferme conviction que nous apprenons tout au long de notre vie, qu’il n’est pas nécessaire de donner aux gens « le goût d’apprendre » mais qu’il faut en fait plutôt s’enlever du chemin et abolir, Ô horreur, cette conception de l’apprentissage comme quelque chose que l’on peut forcer. L’être est souverain et n’apprendra que si le besoin se fait sentir.

Placé en situation de besoin, de curiosité, nous trouvons ce dont nous avons besoin pour apprendre. Que faisons-nous sur Quora, Twitter et Facebook, si ce n’est que de rechercher et de partager les ressources qui nous permettent de pousser plus loin notre compréhension d’un sujet ? Quelle est l’utilité des mots-clics (hashtags), si ce n’est que de pouvoir identifier rapidement une communauté d’intérêt afin de se tenir à jour dans un domaine donné ? Qu’est-ce que l’influence dans les médias sociaux, si ce n’est que la crédibilité de quelqu’un sur qui l’on peut compter question de se tenir à jour. Mais qui nous force à y revenir, jour après jour ? Notre désir d’apprendre, de connecter avec des gens qui eux aussi, ont soif de connaissances.

L’expérience du #ClavEd que je pilote depuis 8 mois m’a fait prendre conscience de la puissance des communautés de pratique en ligne. Le #ClavEd est le rendez-vous hebdomadaire des éducateurs francophones, via le mot-clic #ClavEd sur Twitter. Plus de 10 000 tweets échangés depuis son instigation, des dizaines d’éducateurs provenant de partout dans le monde, des sujets importants : l’intimidation à l’école – une conversation faisant place aux élèves et adultes, l’isolement des enseignants innovateurs, l’évaluation des enseignants, la place du mobile à l’école, l’utilisation du monde extérieur pour enrichir l’expérience éducative des élèves, le développement d’une culture qui favorise l’innovation au sein de votre école, l’intégration des jeunes enseignants, etc. En est émergée une communauté de pratique d’éducateurs francophones passionnés par l’innovation et la remise en question des dogmes de l’éducation. Du chaos twittique ont pris forme des discussions à peine moins chaotiques, mais quelque peu mieux structurées.

Voilà le rôle le plus important de l’animateur de communauté: il ne vante pas les mérites d’une marque, il ne jase pas pour jaser, mais contribue plutôt à structurer les échanges autour d’un domaine donné, afin de permettre l’émergence de communautés de pratique. L’expérience du #ClavEd démontre que c’est possible, si et seulement si la communauté se mobilise aussi. Car le #ClavEd, c’est une animatrice de communauté, mais il n’y a rien à animer si ce n’est des éducateurs qui s’y retrouvent semaine après semaine, qui pilotent un #ClavEd sur la base de leurs préoccupations, qui en parlent autour d’eux, qui le critiquent et prennent à cœur son amélioration.





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